Blog de Pierre Karleskind

lundi, avril 22 2013

Intervention au Fipol : pour l'indemnisation du préjudice écologique lors de marées noires

Vous trouverez ci-dessous le contenu de l'intervention que j'ai faite ce jour devant la session de printemps du FIPOL, consacrée, entre autres, à l'analyse de l'arrêt de la Cour de cassation dans le procès Erika.

Je parle français, je suis français, mais je ne suis pas ici en tant que tel. Je représente aujourd'hui la Conference des régions périphériques maritimes (CRPM). La CRPM regroupe 160 régions d'Europe et d'un peu plus loin, parmi lesquelles certaines ont été parties dans le procès Erika. Le 25 septembre 2012, après 12 ans de procédure, le procès de l'Erika a finalement pris fin grâce à une décision importante rendue par la Cour de cassation. Cette cour est la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français et ne se prononce que sur les questions de droit, au regard d'éléments juridiques purs. Par exemple, elle n’a pas vocation à revoir le montant des dommages-intérêts alloués. Ses apports jurisprudentiels sont au nombre de 3 :

la reconnaissance de la compétence juridictionnelle de la France pour un accident survenu dans sa Zone Économique Exclusive : la Cour de cassation s'est appuyée sur la Convention UNCLOS et a confirmé la compétence des juridictions françaises pour sanctionner le rejet involontaire d'hydrocarbures survenu dans sa Zone Économique Exclusive et qui causé un dommage grave à son littoral.

l'établissement de la responsabilité de l'ensemble des acteurs de la chaîne de transport : la Cour de cassation relève que chaque prévenu a commis une faute de témérité qui, sur le plan pénal, est constitutive de l'infraction de pollution non intentionnelle des eaux et qui justifie donc leur condamnation pénale. Sur le plan civil, et eu égard aux responsabilités de chacun, ce comportement imprudent est constitutif d'une faute inexcusable de nature à faire obstacle à l'immunité accordée par la Convention CLC aux acteurs autres que le propriétaire.

la reconnaissance et l'indemnisation d'un préjudice écologique pur subi par les victimes : L'indemnisation des dommages écologiques était apparue dès la première instance comme l'aboutissement logique et nécessaire des législations adoptées ces dernières années pour la préservation et la protection de l'environnement marin. La Cour de cassation, le 25 septembre 2012, a confirmé ce raisonnement et reconnu l'existence du préjudice écologique subi par les victimes suite au naufrage de l'Erika. Les collectivités locales et régionales s'étaient portées parties civiles. Leur intérêt à agir a été reconnu, y compris, et en particulier, dans ce cadre.

Il est aujourd’hui nécessaire de considérer l’ensemble des dommages causés par une pollution par les hydrocarbures. La compensation intégrale des préjudices écologiques purs est une nécessité. Après chaque catastrophe, les juridictions nationales et le FIPOL sont confrontées à la question de l'indemnisation des dommages subis par le milieu. Plusieurs droits nationaux ont d’ores et déjà évolué vers une prise en compte des dommages irréversibles causés à l'environnement (Oil Pollution Act adopté aux USA en 1990 suite au naufrage de l'Exxon Valdez ; loi italienne n° 349 du 8 juillet 1986 qui reconnaît un droit de l'Etat à obtenir une indemnisation au titre des atteintes causées à l'environnement). En France, la question de l'introduction dans le Code civil français de la notion de préjudice écologique se pose également actuellement au sein du ministère de la Justice et a conduit à la création d'un groupe de travail. Une proposition de loi relative à l’introduction du préjudice écologique dans le Code civil a d’ailleurs été adoptée le 17 avril 2013 par la Commission des lois. Le texte sera discuté en séance publique le 16 mai.

Il reste que ces différentes évolutions ne sont intervenues qu'en réaction à une catastrophe. Il est temps d'anticiper et d'inverser la tendance. Il faut que l'indemnisation des dommages écologiques soit assurée à l'échelon international, avant qu'un autre accident de l'ampleur de l'Erika ne repose la question de la réparation des dommages irréversibles causés à l'environnement.

La CRPM réaffirme son implication sur les questions de sécurité maritime et de compensation des dommages écologiques. Des propositions pour améliorer la couverture des dommages écologiques seront discutées au sein du groupe de travail ERIKA IV de la CRPM. Des réflexions concernant les pistes d’évolution du régime CLC/FIPOL sont notamment menées. Ces questions feront l'objet d'un débat mené à l'initiative de Corinne Lepage et d'Isabelle Thomas au Parlement européen le 24 avril et la CRPM reste attentive aux propositions des uns et des autres.

jeudi, mars 28 2013

La Commission permanente, c'est quoi?

image.jpgTous les mois, pendant quelques heures, des élus du Conseil régional s'enferment dans une salle et examinent de gros dossiers remplis de chiffres : c'est la commission permanente. Comment décide-t-on des projets que le Conseil régional finance ?

  • Tout d'abord, en session plénière, tous les 2 à 3 mois, nous votons les programmes d'intervention du Conseil régional. Ces programmes fixent les modalités de financement des projets qui nous sont soumis. Eh oui, on ne donne pas d'argent à la tête du client, mais au regard de critères qui sont débattus publiquement et votés par les élus du Conseil Regional!
  • Ensuite, les projets qui sont soumis sont examinés par les services du conseil régional pour vérifier qu'ils rentrent bien dans les modalités votées. Si ce n'est pas le cas, en general, l'élu en charge de la politique concernée rencontre le porteur du projet pour voir avec lui comment le modifier pour le rendre compatible avec les critères votés. Lorsque le dossier est compatible, alors l'élu en charge le présente au vote de la Commission permanente.
  • La commission permanente est donc la dernière étape de la décision. Une trentaine d'élus de la majorité et de l'opposition se réunissent et examinent tous les projets présentés et donnent, par leur vote, leur aval au trésorier public pour que celui-ci procède au versement de la subvention demandée au porteur du projet.

Étape essentielle du processus de décision, cela n'en reste pas moins une réunion très longue et un peu technique qui n'est pas franchement l'élément le plus réjouissant du mandat de Conseiller régional...

mardi, mars 26 2013

Un colloque sur le trait de côte

Érosion et submersion : 2 réjouissances qui guettent notre littoral et que la montée du niveau des mers risque considérablement d'aggraver... Aussi l'Etat et le Conseil régional de Bretagne ont-ils décidé d'entamer une démarche de réflexion commune sur le sujet. Réflexion lancée à l'occasion d'un colloque ce 26 mars 2013 à Lorient.

Ce colloque a été l’occasion de mieux appréhender l’ensemble des politiques en faveur de la gestion du trait de côte et de poser les premiers jalons d’une action au niveau régional sur le sujet. Il a ainsi permis de :

  • partager des éléments de diagnostic, à la fois sur les phénomènes mais aussi sur les enjeux ;
  • dégager une ou des vision(s) de long terme de l'évolution du trait de côte, de ses impacts et des impacts des politiques mises en œuvre ;
  • identifier des besoins pour passer à l'action: mise en réseau, outils, construction d’une doctrine, etc. ;
  • permettre de mieux faire comprendre, à travers des exemples très concrets, l'intérêt d’une meilleure mise en cohérence des dispositifs existants et la nécessité de créer un contexte favorable à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation partagées à l’échelle locale s’inscrivant dans une logique de GIZC (gestion intégrée des zones côtières)

Nous avons acté que la réflexion serait poursuivie dans le cadre de la conférence régionale mer et littoral de Bretagne. J'ai par ailleurs proposé que les territoires qui se sont inscrits dans une démarche de GIZC suite à notre appel à projets soient les lieux d'expérimentation de la mise en œuvre concrète des actions à mener. Affaire à suivre...

samedi, mars 23 2013

Ça sent le soufre à bord

Le carburant des navires, le fuel lourd contient du soufre. Et le soufre, brûlé, pollue l'air. L'Organisation Maritime Internationale a donc décidé d'agir et a adopté en 2008 une règle de réductions des émissions de sulfures pour 2015 : c'est demain. Pour une zone à l'est de la ligne Ouessant-Pointe des Cornouailles, la norme divise par 45 les rejets autorisés de sulfures par rapport à 2005.

Ce fut le thème du séminaire organisé par la Conférence des régions périphériques maritimes ce 23 mars à Dunkerque.

Le hic, c'est que les armateurs ne savent pas comment adapter leurs navires. Installer un laveur de fumée (scrubbers)? Cela semble ne pas donner toute satisfaction en termes d'efficacité et cela déstabilise les navires. Passer au gas-oil? Cela répond en partie à la question mais nous importons en France déjà 20 millions de tonnes de gas-oil par an, il faudrait passer à 45 millions pour satisfaire la demande. Le corolaire est que cela ferait augmenter fortement le prix du gas-oil à la pompe. Passer au Gaz Naturel Liquéfié? Tous les bateaux ne le peuvent pas et les ports pouvant alimenter les navires sont peu nombreux en Europe et singulièrement en France (un seul port). Des investissements doivent être mis en place dans les ports.

Le danger, souligné par Jean-Marc Roué, President de Britanny Ferries, est de remettre en cause l'équilibre économique de certaines lignes, et donc de remettre sur les routes de nombreux camions. Un exemple : la ligne Plymouth-Santander qui transporte 30 000 camions par an et qui les soustraient du réseau routier. Il a par ailleurs fait remarquer qu'en 2008, il a receptionné "l'Armorique", navire commandé en 2005, et donc aux normes de l'époque. Premier employeur de marins français, il a demandé le report de 5 ans de la mise en application de la directive.

Avec de brillants intervenants, nous avons évoqué les sources de financements, les projets expérimentaux et les voies pour mettre en œuvre une réglementation nécessaire mais bien difficile à appliquer.

jeudi, mars 21 2013

Pêcheurs du monde : un festival à Ploemeur

imagepechemonde.jpgPour sa 5eme édition, le festival "Pêcheurs du monde" s'est ouvert sur la diffusion du film "Planète océan" de Yann Arthus-Bertrand. Un très beau film! Le réalisateur manie brillamment et à dessein l'esthétisme pour éblouir le spectateur des merveilles de la nature. Éblouissement qui sensibilise d'autant plus aux enjeux de préservation de ce patrimoine commun que constituent l'océan et ses ressources.

Le débat qui en a suivi à permis de soulever des questions de fond sur la perception que l'homme a de la nature. Il nous a amené également à nous interroger sur cette vision d'une nature idéale...sans l'homme. Portant l'homme est là et c'est bien avec lui que nous devons faire. Tel est l'enjeu qui est devant nous pour demain : comment faire profiter aux hommes des bienfaits de l'océan sans porter préjudice à l'environnement et à la capacité des générations futures d'en profiter également? Et non pas "comment rétablir une nature sans homme?"

La beauté simple des images était aussi accompagnée des messages simples du réalisateur : une vision catastrophiste qui fait l'impasse sur la capacité qui se démontre aujourd'hui de gérer durablement les ressources marines. Ainsi en va-t-il, comme l'a rappelé Denez L'Hostis, de France nature environnement, du thon rouge en Méditerranée, qui n'est plus menacée, ainsi que du cabillaud des mers froides qui s'est reconstitué.

S'il est souvent rapide sur les enjeux réels et simplistes sur les solutions à mettre en œuvre, "Planète océan" n'en reste pas moins une belle ode à la nature qui invite à agir, et c'est déjà pas mal.

mercredi, mars 20 2013

Conseil maritime de façade : lancement des assises de la mer et du littoral

Assises_mer_littoral_bandeau-2.jpgCe mardi 19 mars, s'est tenue la réunion du Conseil maritime de façade (CMF). Le CMF, c'est un truc installé il y a quelques mois pour échanger sur les sujets maritimes et côtiers sur les "façades". Il est co-présidé par le Préfet maritime de la zone concernée (chez nous, la zone est constituée du littoral breton et du littoral des Pays de la Loire) et par le Préfet de région coordinateur.

Nous avons donc assisté à une réunion, à Brest, co-présidée par le Préfet maritime de l'Atlantique et par le Préfet de la Région...Pays-de-la-Loire. Avouons que la présence de ce dernier paraît assez incongrue. Histoire de veiller à ce que celui-ci ne divague pas trop sur la Bretagne, le Préfet de la Région Bretagne avait jugé utile de faire le déplacement, qu'il en soit remercié.

Nous avons lancé les assises de la mer et du littoral, exercice proposé par le Ministre de la Mer pour établir une stratégie national pour la mer et les littoraux. Au contraire de la centralisation du Grenelle de la mer, Frédéric Cuvillier utilise une méthode déconcentrée. Nous nous y inscrivons pleinement. Au nom du Conseil régional, je co-présiderai, avec le Président du directoire du Port de Nantes/St-Nazaire, le groupe de travail Développement durable et valorisation des ressources marines. Rendu demandé : juin 2013, il faudra travailler vite.

Cependant, la "façade" dans laquelle se retrouve la Bretagne ne nous semble correspondre à aucune réalité physique, écologique, administrative ou humaine. Lorsqu'elles avaient été mises en place, le Président de la Région d'alors, Jean-Yves Le Drian avait dénoncé cet état de fait.

De façon à assurer une cohérence des retours du terrain dans cet exercice des assises, le Conseil régional, avec le Préfet de Région Bretagne, ainsi que le Préfet maritime de l'Atlantique, présentera une contribution bretonne. La conférence régionale mer et littoral, qui s'appuie sur le bassin de vie des Bretons sera, ainsi être mis à contribution pour porter les intérêts et les enjeux de notre Région dans cet exercice national.

Je souhaite que ce travail sur la Bretagne nous permette de développer une vraie Stratégie bretonne pour la mer et le littoral. Je m'attacherai au cours des mois qui viennent à animer la concertation sur le territoire régional pour faire émerger cette ambition qui devra amener la Bretagne sur la voie du développement maritime durable.

mardi, mars 19 2013

La gestion intégrée des zones côtières en Pays de Cornouaille : La mer de Cornouaille

Territoires_GIZC.png

Je participe ce mardi à la réunion de lancement de la démarche "GIZC" en Mer de Cornouaille à Quimper.

Dans le cadre de l’appel à projets Gestion Intégrée de la Zone Côtière (GIZC) porté par la Région Bretagne, l’agence Quimper Cornouaille développement pilotera un travail d’intégration de cet espace maritime dans les stratégies de développement durable du territoire. Cette démarche sera menée en deux temps :

  • La construction avec les collectivités et les acteurs concernés d'un référentiel maritime partagé pour intégrer cet espace et ses composantes dans les politiques de territoire et notamment dans les 5 Schémas de Cohérence Territoriale qui structurent le Pays, (2013 -2014).
  • La définition des potentialités de développement et l'impulsion de projets économiques maritimes (2014 – 2015).

La mise en œuvre de cette démarche doit aboutir à :

  • Un diagnostic (collecte et recueil de connaissances sur les ressources maritimes, identification des activités économiques maritimes et des potentialités de développement),
  • La constitution d’un « référentiel maritime » (hiérarchisation des enjeux, formalisation d’orientations),
  • L’intégration de l’espace maritime dans les stratégies d’aménagement et de développement durable à l’échelle InterSCoT (intégration du référentiel dans les SCoTs et impulsion de nouveaux projets).

Le budget prévissionnel s'établit à 200 000€, dont 120 000€ apportés par le Conseil régional de Bretagne. Au niveau régional, ce sont 11 territoires qui se sont inscrits dans une telle démarche (cf carte)

lundi, mars 18 2013

SNSM : Nouvelle convention pour 3 ans

J'ai assisté samedi 15 mars à Etel au baptême de la vedette Le Nohic à Etel, ville portuaire qui sait le prix payé à la mer par ses marinsimage.jpg. A cette occasion, au nom du Conseil régional, j'ai signé la reconduction pour 2013-2015 de la convention avec la SNSM. Ce renouvellement se traduit par un soutien renforcé des financements apportés par la collectivité, qui passent de 25 à 30% des investissements réalisés en Bretagne par la société nationale de sauvetage en mer.

Sur la période de la précédente convention 2010-2012, la Région a versé près de 570 000 € de subventions à la SNSM, essentiellement consacrés à l'acquisition ou la rénovation de vedettes, de canots tout temps ainsi qu’à l'achat de canots semi-rigides.

La vedette Le Nohic, construite par les chantiers Sibiril de Carantec a pour sa part bénéficié d’un financement régional de 131 750 €. La Région a également soutenu la formation des sauveteurs embarqués en Bretagne (formation Sauveteur Nageur de Bord) en y consacrant, en 2011, 36 480 €.

A l’occasion de cette cérémonie, avec l’Amiral Lagane, Président de la SNSM, nous avons souligné toute l’importance apportée à la sécurité en mer, dans le cadre de cette convention triennale, en termes d’intervention mais aussi de prévention. Seul bémol, j'ai souhaité que ce nouvel investissement serve le moins possible!

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